mai 24, 2024
Une oeuvre de Danielle Eyango

Une oeuvre de Danielle Eyango

Nos aïeux sont pour nous, ce que les racines sont pour la rose. Des traces lointaines et invisibles de notre être que notre présent oublie, en reléguant au passé le souvenir de leur existence et les effets de leurs essences bien qu'étant enfouies sous la terre. Oui, car comme nos ancêtres, les racines sont enfouies sous la terre, vivent enfouies sous la terre quoique mortes, quoique enterrées à la faveur ou non d'une cérémonie funéraire.

Leur  héritage, selon qu’il soit bon ou mauvais se transfère à leurs descendants, comme la sève brute qui remonte de la racine vers la fleur, vers la rose. C’est bien hélas la leçon que le destin a décidé d’infliger dans la douleur à l’héroïne du roman de Danielle Eyango, Jasmine. 

Cette fleur de jasmin promise à un mariage heureux a vu sa vie basculer suite à un diagnostic aussi brutal qu’inattendu qui lui a fait perdre les faveurs de son fiancé et descendre dans les racines de son arbre généalogique.

Mais avant de divulguer avec maladresse le chef d’oeuvre de Danielle Eyango, il serait d’abord nécessaire de regretter qu’il soit inachevé. C’est seulement après avoir ouvert les premières pages du livre que le lecteur se rendra compte que lui a seulement été livré le tome 1 du récit  avec en titre « La malédiction de Nyaké ».

Kotto Bass

Une prouesse inachevée qui mériterait pourtant d’être auréolée de gloire. Ce serait le couronnement d’une riche carrière d’écrivaine, celle de la romancière et poétesse installée à Douala. Autrice en 2012 de son premier roman « Kotto Bass, comme un oiseau en plein envol », écrit en hommage à ce proche parent et célèbre artiste et musicien camerounais ; puis du recueil de poèmes « Le parfum de ma mère » paru en 2020 et dont le poème éponyme aurait été primé par la Société des Poètes et Artistes du Cameroun. 

En 2021, elle prête sa plume pour un recueil collectif de nouvelles en hommage aux victimes du NOSO, écrit en français et en anglais sous la houlette de la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille. En 2023, elle a été lauréate du Prix du Meilleur Écrivain de l’année 2023 remis des mains du Ministre des Arts et de la Culture , Pierre Ismaël Bidoung Mpacktt.

Justement, que contient le premier tome de ce roman dont le titre (Quand les racines chantent) renseigne déjà sur l’influence de la poésie sous la plume de Danielle Eyango. Mais du vers à la prose, il n’y a qu’une rose, et même une Rose Mystique, qui plane sur l’oeuvre de Danielle Eyango comme l’Esprit sur les eaux de la création.Dans ce premier jet de 298 pages, on pénètre brutalement dans la nuit. Celle du rite d’expiation de Jasmine, contrainte de quitter un moment le confort de Douala pour l’austérité de Bonendalè. 

La Sawa et le Bami

Du jour au lendemain, Jasmine se voit diagnostiquer la présence de 36 fibromes dans son appareil génital, menaçant de fait ses chances de devenir mère, elle qui s’apprêtait à convoler en justes noces avec René, le célibataire le plus convoité de la ville de Douala. Elle la Sawa et lui le Bamiléké que l’amour unissait ne supporteront pas l’annonce de la disparition mystérieuse de l’utérus de Jasmine. René, comme Joseph dans le Nouveau Testament se résigne à répudier en secret sa presqu’épouse alors même que tous les préparatifs du mariage étaient en cours. 

Jasmine pourra dans cette épreuve affligeante compter sur les conseils de l’Abbé Martin qui fera avec elle le voyage pour Bonendalè, royaume de ses ancêtres, en vue de lever l’ombre de la malédiction de Nyakè, son aïeule, dont les frasques ancestrales expliqueraient les déboires de Jasmine. Entre tradition et modernité, entre christianisme et rite ancestraux, Jasmine devra se soumettre à l’accompagnement spirituel des gardiens de la tradition de Bonendalè malgré les réticences du Roi Janea et les ailes de Jésus-Christ, incarnées par l’Abbé Martin Samnick  qui jouera un rôle décisif auprès du Roi Janea pour rendre Jasmine éligible à ce rite d’expiation.

S’en suivront moultes tribulations à la fois physiques et métaphysiques qui seront autant d’épreuves que Jasmine devra accepter pour se purifier de la malédiction de Nyakè. « Quand les racines chantent » un roman de Danielle Eyango, à se procurer absolument.

*Leonel Akosso, est journaliste littéraire à Radio Veritas, à Douala. Prix: 12500 FCFA.

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