
ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES AU GABON
Le chef de l’État s’est d’abord rendu à Pointe-Denis, un lieu mythique. Il a accompli là-bas un geste symbolique comme le firent ses prédécesseurs. Il a posé une gerbe de fleurs sur le tombeau de l’illustre roi Denis. L’histoire du Gabon relate que Denis Rapontchombo fut fait Chevalier de l’Ordre royal de la Légion d’honneur par l’empereur français Louis-Philippe 1er, le 16 septembre 1839. Le Roi Rapontchombo incarne une mémoire collective profondément enracinée dans l’esprit des Gabonais.
En allant se recueillir sur sa tombe, Oligui Nguema a été accueilli à sa descente de l’hélicoptère par quelques dignitaires, descendants de Rapotchombo, et chose curieuse, Yvon Sana Bangui était au pied de la passerelle. Celui-ci est Centrafricain, mais il est surtout gouverneur de la Béac. Comment expliquer la présence du patron de la Béac en ces lieux et en ce moment-là ?
La désignation du gouverneur de la Béac se fait par rotation entre les 06 Etats de la Cémac. Arrivé le tour de la République Centrafricaine de proposer un nom, le Gabon avait opposé un véto à la promotion d’Yvon Sana Bangui. Celui-ci doit son fauteuil à l’implication personnelle du président centrafricain, Archange-Faustin Touadera. Il avait dû mener auprès de ses pairs, une intense action diplomatique pour que Gabon lève sa garde. Les séquelles sont encore vivaces. Sana Bangui voudrait fermer les stigmates, mais au prix des concessions et des compromissions avec le président Oligui Nguema en pleine campagne pour légitimer son pouvoir acquis par la force.

Oligui Nguema soutenu par Yvon Sana Bangui, sont en campagne pour l’élection présidentielle du 12 avril prochain.
Otomou fait les frais
Les compromissions de Sana Bangui ont commencé avec la mise à l’écart Jean-Clary Otoumou. Celui-ci était directeur général, en charge de l’exploitation dans les services centraux de la Béac. A ce poste, il observait et notait l’ensemble des personnels de la Banque centrale. C’est de là que sont parties des incompatibilités entre lui et celui qui deviendra quelque temps après, le patron de la Banque centrale. C’est naturellement de bonne guerre que, Sana Bangui, passant outre les procédures statutaires de la Béac pour le remplacement d’un directeur général nommé par la conférence des chefs d’Etat, le gouverneur a obtenu le limogeage de Jean-Clary Otoumou, et son remplacement sans bruits par un informaticien qui a le même vocabulaire professionnel que le gouverneur.
Affichage
On a donc aperçu Yvon Sana Bangui dans le périple de campagne du président candidat, aux étapes de Pointe-Denis, de Ndzomoe dans le département de Komo-Océan, puis à Donguila. Pourquoi le gouverneur de la Banque centrale s’affiche t-il avec un chef d’Etat en campagne, dont il n’est pas le collaborateur ? Pourtant, les textes statutaires de la Banque centrale, notamment l’article 57 desdits statuts, imposent aux cadres de l’institution d’émission monétaire, une grande impartialité et surtout une indépendance totale, face à la politique d’un Etat membre.
Cet affichage avec surtout en période sensible comme celle du Gabon, serait de nature à mettre mal à l’aise les autres chefs d’Etat de la zone. Cette exposition publique autorise par ailleurs des interprétations multiformes des relations que la personne de Sana Bangui, en les entretenant avec un chef d’Etat membre de la Cémac et la Béac, entretiendrait de façon quasiment incestueuse avec cet Etat. Yvon Sana Bangui devrait s’expliquer auprès de la Conférence des chefs qui l’a nommé.