mai 25, 2024

Freddy Mulumba Kabuayi, fervent militant du panafricanisme

Le Rwanda et l’Ouganda rêvent de prolonger leur territoire sur l’Est de la Rdc. Les richesses de notre pays font la convoitise de l’Occident qui entretient le désordre dans notre pays pour piller à son aise. Cela ne passera jamais. », martèle Mulumba Kabuayi.

Pourquoi Félix Tshisekedi devrait se faire réélire en décembre prochain ?

Le président sortant a toutes les chances de gagner la présidentielle de 2023. Pourquoi ?  D’abord, sa prise de position forte pour dénoncer la guerre que le Rwanda, sous couvert de M23, mène contre la Rdc. Cette dénonciation l’a propulsé au sommet de la popularité dans l’opinion congolaise. Les provinces de l’Est qui souffrent depuis 30 ans, acclament le président. Il est le seul chef d’Etat congolais qui a défié le tout puissant Paul Kagame qui a mis le Congo sous sa tutelle.  Il a mis fin aux humiliations du peuple congolais. 

Au plan économique, Félix Tshisekedi a réalisé des exploits. Le budget de l’Etat congolais qui était à 9 milliards de dollars en 2019, est passé à 16 milliards en 2022. Ceci s’explique par sa gestion rigoureuse des finances publiques. Les recettes de l’Etat qui étaient dans les poches des individus, sont orientées vers les caisses de l’Etat. Mais, il reste la corruption que lui-même ne cesse de dénoncer et de combattre pour mettre fin à la mafia qui s’est installée depuis l’agression du Rwanda et de l’Ouganda soutenue par les multinationales depuis 1996. Les dernières révocations et arrestations de ses proches conseillers prouvent sa détermination à lutter contre la corruption. 

L’autre raison qui lui vaudrait une réélection est sa diplomatie agissante. Depuis plus de 20 ans, la voix de la Rdc était devenue inaudible à l’internationale. Aujourd’hui, à travers son leadership, les intérêts de la Rdc sont défendus par lui-même, ce qui n’était le cas. Avec lui, la Rdc est redevenue fréquentable. Elle a repris sa place en Afrique. Son succès diplomatique reste la visite du pape François. Tous les regards du monde entiers étaient tournés vers la Rdc. Tous les Congolais lui sont reconnaissants. Félix tient à réaliser le rêve de son père, Etienne Tshisekedi, leader et figure historique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) et opposant aux régimes de Mobutu, Laurent Désiré Kabila et Joseph Kabila. Le rêve de son père consistait à un Etat de droit, État moderne et Etat puissant au cœur de l’Afrique pour contribuer à l’émergence des Etats-Unis d’Afrique. Il reste un panafricaniste convaincu.

Le président sortant voudrait écarter de la course certains candidats sérieux, Moise Katumbi par exemple.

Non ! Tout part d’une proposition de loi déposée au Parlement par un ancien candidat à la présidentielle de 2018.  Selon cette proposition, pour être présidentiable, il faut être de mère et de père congolais. Cette proposition de loi a provoqué des protestations dans l’opinion publique congolaise et jusqu’à présent aucun débat n’est pas encore engagé à propos. Cette question est déjà réglée par la Constitution congolaise du 18 février 2006, adoptée par referendum en 2005. En son article 72, il est stipulé que pour être candidat à la magistrature suprême, il faut posséder « la nationalité congolaise d’origine. Et celle-ci est définie par la constitution en son article 10 : « La nationalité congolaise est une et exclusive. Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la Rdc) à l’Indépendance. » 

Il faut relever que depuis 1984, sous régime du Maréchal Mobutu, aucune opération de recensement et d’identification de la population congolaise n’avait jamais été organisée à travers tout le pays. Cette situation est devenue confuse à cause de la problématique de la nationalité douteuse des personnes originaires du Rwanda et du Burundi établies à l’Est de la Rdc, à la suite des opérations de transplantation à des fins économiques par l’autorité coloniale belge et de plusieurs vagues migratoires. Elle s’est aggravée depuis que les populations hutues rwandaises – plus de 2 millions – ont fui les troupes de Paul Kagame pour trouver refuge en Rdc en 1994 après la guerre civile au Rwanda. 

Voilà pourquoi le débat sur la nationalité congolaise refait surface avant les élections générales de 2023. Pour résoudre cette question de savoir qui est Congolais et qui ne l’est pas, les opérations d’enrôlement et d’identification des Congolais sont lancées par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et l’Office national d’identification de la population. 

L’intermédiation de l’Angola pour résoudre le conflit dans le Kivu piétine, et pourquoi ?

Il faut placer ce conflit dans le contexte de plusieurs agressions rwando-ougandaises depuis 1995, après la guerre civile rwandaise.  L’objectif de ces guerres reste les pillages de richesses et faire imploser le Congo en plusieurs petits Etats distincts. C’est ce que nous qualifions de « balkanisation de la Rdc ». Les rapports des Nations Unies sur le sujet sont des preuves éloquentes. Les guerres d’usure menées contre la Rdc par le Rwanda et l’Ouganda datent d’août 1998.

Le président Laurent Désiré Kabila, arrivé au pouvoir avec le soutien des armées rwandaises et ougandaises, avait décidé ensuite de se débarrasser de la tutelle de Museveni d’Ouganda et Paul Kagame du Rwanda. Laurent Désiré Kabila avait chassé les militaires de ces pays. Ils étaient sous le commandement du général rwandais James Kabarebe (chef d’État-major de l’armée congolais !).  

La réaction du Rwanda et l’Ouganda fut la création d’une rébellion sous le nom du « Rassemblement des congolais pour la démocratie » (Rcd-Goma). En novembre 1998, à cause des dissensions entre le Rwanda et l’Ouganda, celui-ci aida à la création d’une autre rébellion, le Mouvement de libération du Congo (Mlc). Entre 2003 et 2006, une transition politique inclusive fut mise en place à la suite du dialogue inter congolais de Sun City à Pretoria, en Afrique du Sud.  Mais des militaires rebelles aux origines douteuses, ont pu intégrer les forces armées de la Rdc, au nom de la « réconciliation nationale », avec l’accompagnement de la communauté internationale. Certains officiers de l’ex Rcd-Goma avaient, malgré tout, refusé leur intégration en préférant rester au Kivu. En 2004, Laurent Nkunda et Jules Mutebutsi provoqueront l’insurrection de Bukavu, au Sud-Kivu. Après leur défaite, Mutebutsi prenait la fuite au Rwanda tandis que Laurent Nkunda se replia dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, à partir duquel il créa le Cndp en 2007. 

Il a fallu attendre 10 ans pour que cette rébellion s’active sous la présidence de Félix Antoine Tshisekedi. La situation est devenue particulièrement explosive au mois de mai 2022 quand l’armée rwandaise a lancé des attaques simultanées contre les positions des Forces armées de la Rdc et de la Monusco, le 22 mai 2022, dans la province du Nord-Kivu. C’est dans ce contexte qu’il faut placer la médiation du président angolais Jao Lorenso, en sa qualité de président en exercice de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (Cirgl). 

Une rencontre a eu lieu entre les présidents Félix-Antoine Tshisekedi, Jao Lorenso, Evariste Ndayishimiye, Uhuru Kenyatta et Paul Kagamé lui, représenté par son ministre des Affaires étrangères. Cette rencontre a été sanctionnée par une feuille de route. Dans cette feuille, les chefs d’Etat présents se sont convenus du retrait progressif des rebelles M23. Une force militaire d’intervention de la Communauté de l’Afrique de l’Est a également été déployée pour suivre le processus de retrait jusqu’à la date convenue. 

Les rebelles du M23 ont refusé de se retirer de toutes leurs positions malgré la feuille de route de Luanda et les pressions de la communauté internationale.

Mulumba Kabuayi

« En ce qui concerne le M23, il peut en effet m’arriver de parler à ses dirigeants. Après tout, ils sont à nos frontières, et les processus de Luanda et de Nairobi, qui recommandent de dialoguer avec tous les groupes armés, y compris celui-là, sont clairs. J’ai donc fait passer des messages d’apaisement au M23, en demandant à ses chefs de cesser le combat et de se retirer de localités qu’ils occupaient. Ce qu’ils ont accepté. Le problème, c’est que l’armée congolaise en a profité pour les attaquer, avant d’être une nouvelle fois défaite. » (1). 

Pour la Rdc, c’est la résignation ?

Non, mais, relisons ce que dit Kagamé dans Jeune Afrique : « La menace que fait peser sur notre sécurité l’activité d’un groupe imprégné de l’idéologie génocidaire comme les Fdlr est clairement susceptible de nous amener à intervenir en territoire congolais, sans excuses ni préavis. Quand vous êtes agressé, vous n’attendez pas les instructions de votre agresseur ou de son protecteur pour savoir comment réagir…Je vous l’assure, de mon vivant et du vivant des générations futures, il n’y aura plus jamais de génocide au Rwanda. Dussions-nous pour cela, nous battre avec des arcs, des lances et des pierres ? Cela n’arrivera plus. »

Paul Kagamè est clair là-dessus !

Oui, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce narratif d’éviter un autre « génocide des Tutsis » trouve écho en Occident, surtout en Amérique. Washington se sent coupable du génocide rwandais comme l’avoue Susan Rice dans ses mémoires : « Il est difficile d’exprimer les multiples façons dont le génocide rwandais m’a affectée. C’était un traumatisme personnel, une source de cauchemars et de profonds regrets. Bien que je ne fusse pas un décideur de haut niveau, j’ai tout de même participé, au niveau opérationnel, à l’échec massif d’une politique. Je porte cette culpabilité en moi jusqu’à ce jour. Cela m’a rendue peut-être excessivement sympathique au Rwanda, à son peuple et à ses dirigeants. ».

C’est à cause de cette culpabilité du génocide rwandais que tous les rapports des experts des Nations Unies sur la tragédie congolaise durant 30 ans sont classés sans suite malgré les pillages des richesses de la Rdc, le génocide oublié de 10 millions des congolais et ses 5.5 millions de déplacés internes.

Cependant avec le temps, le fonds de commerce d’un prétendu nouveau génocide a perdu sa crédibilité. Depuis 1996, l’armée rwandaise est sur le territoire congolais soi-disant pour détruire les forces génocidaires hutues. Les troupes rwandaises ont attaqué les militaires de l’ancien régime rwandais d’Habyarimana et des camps des réfugiés dans les provinces du Nord, du Sud Kivu et du Maniema, notamment à Tingi Tingi.  Le Rwanda a soutenu plusieurs rebellions de 1998, 2004, 2007, 2012, et 2021-2023 au motif de « lutte contre les génocidaires ».  En plus, les armées rwandaise et congolaise ont été en opération conjointe « UmojaWetu » en 2009 sous le régime de Joseph Kabila pour traquer les milices génocidaires de Fdlr dans l’Est. 

Comment expliquer que Paul Kagame n’est pas arrivé à éradiquer les génocidaires sur le territoire congolais sous son contrôle durant de décennies ? 

Les différents rapports des experts de Nations Unies sur cette question sont cachés dans les tiroirs du Conseil de sécurité des Nations unies à New-York. Le Groupe d’Experts des Nations unies, dans l’Addendum du 27 juin 2012 au rapport intérimaire (s/2012/348/Add.1), a relevé que certains démobilisés combattants Fdlr, ont été recyclés et renvoyés en Rdc pour renforcer le M23 et pour servir de prétexte au Rwanda dans sa visée guerrière. 

Les motifs des agressions rwandaises sont économiques. Dans un rapport publié en 2002 sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesses de la Rdc, le Groupe d’experts estime que la présence du Rwanda en Rdc a pour but : « d’accroître le nombre de Rwandais qui se trouvent à l’Est du pays, d’encourager ceux qui y sont déjà installés, à conjuguer leurs efforts pour aider le Rwanda à exercer son contrôle économique ». Le Rwanda et l’Ouganda financent leurs dépenses militaires grâce aux revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles de la Rdc. Pour le Rwanda, selon les experts des Nations Unies, 80 % de l’ensemble des dépenses de l’Armée rwandaise étaient couvertes en 1999 par les revenus des pillages des minerais de la Rdc faisant du Rwanda le premier exportateur de minerais de coltan.

Le gouvernement rwandais soutient la rébellion M23 dont l’objectif est d’obtenir la sécession des deux Kivu. C’est la raison d’être du Rwanda au Congo et non l’éradication des génocidaires hutus comme l’atteste un ancien patron des renseignements rwandais Patrick Karegeya, assassiné en Afrique du Sud. « L’externalisation de la zone de guerre fait partie de cette politique, tout comme la mise en place d’une zone tampon », avait-il déclaré à Wrong à l’époque. « Ainsi, en raison de nos tailles relatives, nous ne quitterons jamais la Rdc, par exemple, tant qu’il n’y aura pas à Kinshasa un gouvernement auquel nous pouvons faire confiance ».  Mais avec l’arrivée de Félix Tshisekedi à la tête de la Rdc, la tutelle du Rwanda sur la Rdc est remise en cause. Voilà la compréhension de la crise en Paul Kagame et Félix Antoine Tshisekedi. 

La Rdc a-t-elle un programme de réinstaller l’autorité de l’Etat dans le Kivu ?

Le président Tshisekedi a exprimé sa volonté de pacifier les provinces de l’Est et de normaliser les relations avec tous les pays voisins de la Rdc, en particulier le Rwanda et l’Ouganda. Parmi tant d’autres stratégies de pacification, il a décidé de proclamer l’état de siège dans la province du Nord Kivu et de l’Ituri en mai 2021. La Rdc a pensé contribuer à la restauration de la paix et de la sécurité en vue de la promotion des affaires sur un grand espace allant de l’Océan indien par les ports de Mombasa au Kenya et de Dar es Salam en Tanzanie à l’Océan Atlantique par le port en eau profonde à Moanda en Rdc. C’est dans ce cadre que le président Tshisekedi a encouragé la signature, le 26 juin 2021, de l’accord de coopération entre la Société aurifère du Kivu et du Maniema (Sakima SA) et une rwandaise, Dither Ltd, pour l’exploitation et le raffinage de l’or afin de priver les groupes armés des revenus issus de cette filière. La Rdc a joué ainsi sa partition pour un autre engagement incombant à toutes les parties, celui de «Respecter les préoccupations et intérêts légitimes des Etats voisins, en particulier au sujet des questions de sécurité ». 

Le Rwanda n’a jamais apprécié la signature de l’accord intergouvernemental sur la construction des routes, accord signé entre Kinshasa et Kampala le 27 mai 2021. Et, pour matérialiser son mécontentement, le Rwanda a décidé de relancer les activités criminelles du M23, un groupe qualifié de force négative au même titre que les forces démocratiques pour la libération du Rwanda. L’objectif en court poursuivi par le Rwanda est de contraindre la Rdc à renoncer à l’accord sur la construction des routes signé avec l’Ouganda et, à moyen terme, de faire table rase sur le processus de Nairobi de 2013 en vue d’imposer le M23 comme le seul interlocuteur dans un nouveau processus pour continuer à influer sur les politiques publiques de la Rdc.

Quelle est la solution finale ?

En instaurant l’Etat de siège avant la nomination des gouverneurs militaires dans les deux provinces, les activités de groupes armés ont été réduites du fait que les trafiquants des minerais qui entretiennent les guerres ont été mis en difficulté. Les usines de raffinage d’or et de coltan installées à Kigali et à Kampala tournent au ralenti ou sont fermées.  Le Département de Trésor américain a sanctionné une société belge de raffinage d’or implantée à Kigali et à Kampala.  

Félix Antoine Tshisekedi et le peuple congolais sont déterminés de récupérer les territoires occupés par le Rwanda avec la complicité des multinationales occidentales qui exploitent les richesses congolaises. Pour les Congolais, c’est la lutte de la deuxième indépendance pour le contrôle de leurs richesses.

* Journaliste, Ecrivain, il a été Directeur général de la Télévision, Radio nationales congolaises, ancien administrateur Directeur général du Groupe de presse Lepotentiel en Rdc.

1) Paul Kagame, JA, dans une interview accordée au journal Jeune Afrique ,27 janvier 2023.

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