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juin 5, 2024

Nkotti François sur scène

Le célèbre artiste a rendu l’âme à l’hôpital général de Douala le 04 août. Il avait passé plusieurs semaines interné aux urgences de cet établissement hospitalier des services publics.

Nous nous retrouvons dans un bus qui effectue le trajet Douala-Yaoundé en février 2000. François Nkotti s’approche de moi. Il me dit : « Dans trois semaines je consacre une messe d’action de grâce à l’occasion du 20ème anniversaire du décès de ma mère. Je tiens à ce que tu sois là. Tu es quelqu’un qui a contribué́ à ma promotion musicale, tu ne le sais peut-être pas. Ce serait une occasion pour que le public présent le sache ».


Je suis loin de savoir de quoi il parle exactement. Ses coups de fil fréquents pour me rappeler la cérémonie finissent par m’obligent à organiser mon programme de manière à honorer ce rendez-vous. Une chapelle de père en fils Arrivé à Souza le jour dit, je me dirige vers une église en construction dans la partie nord de la petite localité. L’édifice est en chantier très avancé. Les messes s’y célèbrent déjà. La grande palmeraie dans laquelle le promoteur a choisi comme lieu pour implanter la paroisse procure une fraîcheur permanente au monument. Seule la résidence du curé de la paroisse semble avoir été achevée. Nkotti François arrive sur les lieux. Il est revêtu d’un costume large, couleur crème qui couvre tout son gros corps. En attendant le début de la messe, le chanteur me prend de côté et m’explique :
« Mon père avait commencé la construction de cette église. Il est décédé et avait laissé les travaux au niveau où il avait pu. J’ai construit le logement du curé avant de poursuivre les travaux du bâtiment de l’église. Je ferai ce que je pourrais et après moi, mes enfants et les fidèles de Souza poursuivront la tâche. Une église se construit de génération en génération ».

Après la messe, Nkotti François nous convie à Bonaléa, son village situé à 3 km du centre de Souza, complètement enfoui dans les champs de maïs, de manioc et bananiers. C’est pendant le déjeuner qu’il offre à ses invités qu’il me présente et dit à ses convives ce que je représente pour lui. Il dit : « Ce monsieur est parti de Yaoundé pour m’assister. Il avait écrit le premier article dans la presse internationale sur les Black Styl. Personne ne nous connaissait sur la scène internationale. C’est grâce à lui que l’extérieur nous a connus…je voudrais le remercier devant vous ! »


« 6 garçons dans le vent »
J’étais loin de m’imaginer qu’une rencontre fortuite de 1977, à 1 heure du matin dans Mermoz, un cabaret de fortune, bruyant et enfiévré en plein quartier d’Akwa allait marquer les esprits de « 6 garçons dans le vent » (Nkotti François, Toto Guillaume, Kanguè Emile, Jackson Bellè, Mouelé Jean, Lobè Yves) au point à en faire un souvenir indélébile.
Mes vacances au pays tirent vers la fin quand un ami me propose une sortie. La soirée se déroule dans Mermoz. Ce cabaret attire une belle brochette de la jeunesse de la capitale économique pour y danser le makossa. Les Black Styl prestent. Il est difficile de rester indifférent face à la virtuosité de ces artistes aux talents naturels. Pendant une pause, je félicite le chanteur à la voix chaude et grave, au jeu de jambes magique. Il s’appelle Nkotti François. Il me dit des choses tellement intéressantes sur leur groupe que, n’ayant pas prévu une interview, je ramasse un petit bout de papier qui trainait pour noter quelques mots clé de notre échange spontané. Il accepte mon rendez-vous du lendemain à 7h. Pour des artistes qui jouent toute une nuit, je ne m’imaginais pas que Nkotti François tiendrait à sa promesse de me revoir très tôt : il est là, à l’heure donnée ! Emile Kangué l’accompagne. Il me remet quelques photos de scène de leur groupe.


De retour à Paris, je propose mon papier à Michel de Breteuil, magnat de la presse dans les pays francophones. L’article paraît en première page du magazine mensuel Bingo. Consécration pour les Black Styl ! Nkotti François n’a jamais oublié cette rencontre. Il montre le journal vieilli à ses invités et commente : « Si on a connu les Black Styl à l’international, c’est grâce à ce monsieur ! »
Nkotti François était fidèle en amitié. Il me l’a toujours manifestée de plusieurs manières : cartes postales, appels téléphoniques, visites, tout y était jusqu’à sa disparition. A cause de lui surtout, je suis tombé amoureux des Blak Styl. Un jour dans un échange de plaisanteries, je lui demande : « Pourquoi les Black Styl se sont disloqués, on aimerait encore vous voir chanter ensemble » Sa réponse est extraordinaire : « La question n’est pas de savoir pourquoi les Black Styl se sont séparés, elle est plutôt de savoir pourquoi les Rolling Stones sont toujours ensemble ? On prend de l’âge, les mentalités changent, et les Black Styl aussi changent ! » Sacré François ! Je m’attendais à tout, sauf à une réplique aussi espiègle, aussi intelligente, aussi imagée ! Mon ami, vas et repose toi !

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