mai 25, 2024

Les Chefs d'Etat de la zone CEMAC à Yaoundé

Le 15ème sommet était clôturé ; le nouveau président de la Cémac est resté une journée de plus à Yaoundé. Il devait savourer son succès diplomatique, en échangeant avec la presse. Retour sur les temps forts qui ont sorti la Rca d’isolement.

CEMAC 2023

Et pourtant, Faustin-Archange Touadéra (« Fat ») ne se rendait pas au 15ème sommet des chefs d’État des six pays de la Cemac en conquérant. Allait-on lui confier la présidence tournante de la conférence des chefs d’Etat de la sous-région ? Allait-il obtenir de ses pairs que la Commission de la Cémac, déménagée à Malabo en Guinée-Equatoriale depuis 2013 pour raison d’insécurité, retourne sur l’immense boulevard des Martyrs à Bangui ? Les obstacles ne manquaient pas sur le chemin, qui eut obstrué les ambitions des dirigeants centrafricains de sortir de l’isolement diplomatique dans lequel Bangui patauge depuis le départ de la force française Sangaris, et son remplacement par les paramilitaires russes Wagner.  

Le spectre Wagner

Rien n’était acquit d’avance. Les chancelleries occidentales avaient sillonné les capitales des pays de la Cémac avant la tenue du sommet du 17 mars 2023. L’objectif de ces actions diplomatiques consistait à obtenir des pays « amis » qu’en se réunissant à Yaoundé pour entre autre désigner un successeur à Paul Biya à la tête de la Cémac, pour le cas de Faustin-Archange Touadéra, il fallait tenir compte des « données géostratégiques particulières ».  En décodant ces termes diplomatiques, cela signifierait que le président centrafricain, critiqué par l’Occident pour avoir introduit le groupe Wagner dans son pays, il ne devrait pas succéder à Paul Biya. Les mêmes arcanes diplomatiques renchérissent que la présence de Touadéra à la tête de l’organisation, affaiblirait celle-ci.

Les chefs d’État de la Cémac n’ont pas cédé à ces pressions. Poussés par le président sortant Paul Biya, les chefs d’Etat ont tranché : il ne saurait être question de déroger aux règles communautaires. Ces règles en vigueur depuis 2010, instituent le principe de la rotation selon l’ordre alphabétique. Ce principe sera respecté afin de ne pas créer un précédent.

Le président Touadéra de son côté avait multiplié des actes de lobbying avant le sommet de Yaoundé. Il avait ainsi pris part au dernier sommet Etats-Unis-Afrique. Il avait rétabli par là le dialogue avec Washington. Il a échangé avec Emmanuel Macron le 2 mars 2023 à Libreville au Gabon, en marge du forum sur les forêts du Bassin Congo. Bangui diversifie donc ses partenaires. Il maintient ses rapports sécuritaires avec Moscou, tout en restant ouverte à la coopération multilatérale.

Malgré cette intense activité diplomatique, rien n’était gagné pour autant. Un membre de la délégation centrafricaine rencontré quelques instants avant l’ouverture du sommet, ne dissimulait pas ses inquiétudes : « Nous ne seront sereins qu’au terme du huis clos des chefs d’Etat. Il y a autour des travaux, trop de tractations qui ne sont pas menées en faveur de la Rca. Cela oblige notre chef de l’Etat à rester vigilant jusqu’à la dernière minute… », révèle cet interlocuteur.

Dans les couloirs du palais de l’Unité, les messages se passent dans les téléphones des délégués. Une heure avant la fin du huis clos, les mines des délégués centrafricains se décrispent. Il n’y a plus de doute, la désignation de Faustin-Archange Touadéra par ses pairs pour conduire la Cémac pendant un an est une immense victoire diplomatique pour Bangui. Le pays retrouve un rôle majeur au sein de l’organisation sous-régionale.

Demain à Bangui

Avant de se rendre à Yaoundé, en prévision du retour éventuel de la Commission dans la capitale centrafricaine, « Fat » avait pris le soin d’inaugurer, en compagnie du président sortant de la Commission, le Gabonais Daniel Ona Ondo, neuf villas réhabilitées, destinées à accueillir quelques cadres de la Cemac. Ces villas font partie des 17 que le 2ème président centrafricain, Jean-Bedel Bokassa avait fait construire au début des années 1960, pour loger les cadres de la défunte Ocamm (Organisation commune africaine, malgache et mauricienne), du temps où Bangui hébergeait le siège de cette organisation. Ces belles résidences avaient été saccagées en 2002 lors des affrontements meurtriers qui opposèrent les partisans des présidents Ange-Félix Patassé à ceux du général André Kolingba.

Les institutions communautaires vont donc rejoindre dans quelques mois, leur siège d’origine, ainsi a décidé la conférence des chefs d’Etat. D’autres décisions qu’il faudra prendre un jour ou l’autre sont restées en suspens ; il s’agit notamment de la désignation du successeur du Gabonais Daniel Ona Ondo, dont le mandat est arrivé à terme depuis 2021. Si les règles communautaires seront toujours appliquées, ce serait un Equato-guinéen qui prendrait la relève.

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DECLARATION

« Je ne suis pas président pour décider seul »

Après sa désignation par ses pairs pour présider la Cémac pendant un an, le président centrafricain s’est entretenu avec la presse.

« Je suis très heureux d’être ici parmi vous. J’ai été bien accueilli à Yaoundé. Cela nous a fait plaisir. Nous avons bien travaillé. J’ai participé à l’examen de toutes les résolutions. Je compte sur vous pour informer sur ce que nous faisons… ».

« Pour ce qui est de l’avenir du franc Cfa, nous avons évoqué le problème au cours de nos échanges.

La réflexion se poursuit. Nous n’en faisons pas grand bruit, mais nous avançons. Nos amis d’Afrique de l’Ouest ont de l’avance sur nous sur le sujet, mais nous continuons de réfléchir. La monnaie qui engage un pays ou plusieurs est un sujet délicat. Il faut l’aborder avec beaucoup de prudence, c’est ce que faisons. Ce n’est pas mon point de vue personnel qui compte, mais la position commune que nous adopterons sur ce sujet. Le moment venu, vous en serez informés et nous compterons sur vous en faire un juste écho ».

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AMBIANCES DU SOMMET

La ville « aux 7 collines » aime accueillir ses visiteurs

Quelques jours avant l’arrivée des invités au sommet de la Cémac, la ville était habillée aux couleurs des drapeaux des 6 pays qui constituent la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (Cemac). Les photos des chefs d’État de la Cemac, étaient érigées partout dans le centre-ville. On a observé, le déploiement en grand nombre d’éléments de la gendarmerie et des polices nationales en faction sur les voies principales, pour veiller au maintien de la sécurité dans la ville. Tout a été mis en œuvre pour que l’évènement reste mémorable dans les esprits des populations et pour accueillir chaleureusement les dignes représentants des pays de la zone Cemac.

Circulation est suspendue

Le bref séjour des dirigeants de la Cemac à Yaoundé a impacté le déploiement des populations de la capitale.  Les entrées dans la ville, l’accès aux voies centrales de circulation étaient instamment interrompues par des agents de la police qui veillaient sur les routes que devaient emprunter nos invités. Les passants étaient contraints d’employer d’autres voies et moyens pour arriver à leur destination, ou tout simplement de s’y rendre à pied, lorsqu’ils estimaient que la distance était praticable.Tout celaa augmenté le niveau des embouteillages, modifié le tarif de transport en ville.Il fallait convaincre les chauffeurs de taxi de circuler à ces heures en leur proposant un prix au dessus du tarif habituel du trajet et même jusque-là, aucune garantie que le chauffeur vous transporte. « J’ai dû payer une course et supplier un chauffeur de taxi de m’emmener au Mincom, parce qu’il redoutait les embouteillages infinis », nous dit un passant rencontré au quartier Mvog-Ada.

Ville de l’hospitalité

Beaucoup de conducteurs de taxi choisissaient de faire la moitié du trajet pour éviter les longues heures d’attente dans les bouchons, en attendant que la route soit libre. Du côté de Nkol-Ndongo au Carrefour Instics, aucun agent ne s’y trouvait pour diriger la circulation ce 17 mars à midi, au moment même où le sommet se tenait au palais de l’Unité à Etoudi. On aurait dit que toute la police était concentrée au centre-ville.

« Je ne peux pas me rendre à la banque aujourd’hui, les routes sont bloquées », nous explique Inex, employée dans une pizzeria, au carrefour Warda. Elle a interrompu ses activités en cette journée du 17, parce que les routes étaient inaccessibles à certaines heures au centre-ville. C’est cela, Yaoundé qui aime accueillir. Personne ne se plaint, car la ville « aux 7 sept collines » est une ville hospitalière.

C.S.D

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LE FRANC CFA 

Sujet à hauts risques

Le sujet est politiquement tabou. Seuls en parlent publiquement : économistes, intellectuels, activistes politiques, associations continentales. Les dirigeants politiques, dans leurs rencontres, contournent ce sujet. Tous redoutent les foudres de Paris. Personne ne croit au discours ponce-pilatiste des dirigeants français qui disent haut : « Ceux qui veulent sortir de la zone Cfa sont libres de le faire ! ». Mais dans la réalité, presque tous les chefs d’Etat africains qui ont osé tenter une initiative pour s’écarter de cette monnaie ont souvent été soit isolés, soit purement assassinés.

Aujourd’hui, la prudence l’emporte sur la nécessité d’obtenir la réforme de cette monnaie coloniale, à défaut de l’abandonner complètement. Au cours des grandes rencontres, le sujet reste clivant : on le sort de l’ordre du jour, ou on le confie à une « commission pour réflexion ». Celle-ci ferait toujours du dilatoire pour proposer des pistes de solution.

Quatre pistes sans issues

Ce fut le cas en novembre 2019. Lors de leur réunion en « présentiel », les chefs d’État avaient mandaté la Banque des États d’Afrique centrale, l’institut d’émission et la Commission de la Cemac pour conduire une « réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération monétaire avec la France » et proposer des « schémas d’évolution ».

Le rapport confidentiel remis aux chefs d’État envisageait plusieurs options fortes :

1 – la clôture du compte d’opérations auprès de la Banque de France ;

2 – le rapatriement des réserves de change auprès de la Béac ;

3 – retrait des représentants du Trésor français ;

4 -changement de dénomination de la devise (abandon du franc Cfa au profit de du Mac, acronyme de Monnaie d’Afrique centrale).

Daniel Ona Ondo alla même plus loin : pour lui, « les pays de la Cemac pourraient se passer de la Banque de France s’ils le décidaient. La garantie française de convertibilité n’ayant pratiquement jamais joué… » Comme il fallait s’y attendre, les dirigeantes d’Afrique centrale ont botté en touche ces recommandations, évitant même de mentionner le sujet dans le communiqué final. Le sujet tabou !

X.M.

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Le FCFA EN RACCOURCI

Un lien incestueux

Viviane Forson, journaliste Le Point Afrique

Le franc Cfa est utilisé par 14 pays africains. Cette monnaie a été en 1945 par le général de Gaulle. Elle a été rattachée au franc français d’abord, puis à l’euro aujourd’hui. Elle a un lien très étroit, pratiquement voulu, voire imposé par l’ex-puissance coloniale.

Si son objectif premier paraît être de lui donner plus de stabilité monétaire ; il apparaît cependant aux yeux de certains comme un instrument de maintien des pays africains dans une situation de dépendance économique à contresens de l’indépendance politique officiellement proclamée au début des années 1960. Une situation qui conduit à des débats passionnés et qui interroge sur sa pérennité dans sa forme actuelle.

Pour rappel, dans sa dernière actualité, le franc Cfa devrait voir les réserves la garantissant, quitter le Trésor français pour d’autres cieux au gré de la volonté des banques centrales, notamment celle de l’Afrique de l’Ouest pour ce qui est de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest.

Un lien étroit avec la France et l’euro

La valeur du franc Cfa, auparavant indexée sur le franc français, est indexée sur l’euro, avec une parité fixe. 1 euro = 655,96 francs Cfa. La moitié des réserves de change des pays utilisant le franc Cfa sont déposées auprès de la Banque de France.

La France ne gagne pas d’argent avec ces dépôts. La Banque de France rémunère actuellement ces dépôts au taux « plancher » de 0,75 % par an. Les intérêts sont reversés aux pays africains chaque année. Ce dépôt garantit une convertibilité illimitée du Fcfa avec l’euro. Il existe une liberté totale des transferts entre les pays de chaque zone franc. Les pièces et les billets en Fcfa sont frappés dans une imprimerie de la Banque de France à Chamalières, une banlieue de Clermont-Ferrand, dans le centre de la France.

Le franc Cfa= 14 pays, 155 millions d’utilisateurs

Le franc Cfa est la monnaie de 155 millions d’habitants. Il s’appelle alors « franc des colonies françaises d’Afrique ». Il prendra par la suite la dénomination de « franc de la Communauté financière africaine » pour l’Afrique de l’Ouest et « franc de la Coopération financière en Afrique centrale » pour l’Afrique centrale.

Les pays utilisant le Fcfa sont répartis en deux zones, huit en Afrique de l’Ouest, six en Afrique centrale, constituant deux unions monétaires distinctes.  

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