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avril 9, 2024

Diomaye Faye, 5ème président du Sénégal

Durant sa courte campagne électorale, le candidat Bassirou Diomaye Faye n’a eu cesse de répéter qu’il placerait sa mandature sous les marques de « changement de système, de rupture et d'un panafricanisme de gauche ». Il a insisté sur le « rétablissement de la souveraineté nationale bradée selon lui à l'étranger ». Il a promis « de combattre la corruption, de mieux répartir les richesses nationales, de renégocier les contrats miniers, gaziers et pétroliers conclus avec des compagnies étrangères ».

Ces engagements de campagne font partie du programme d’action de Pastef, le parti d’opposition à l’époque, dirigé par Ousmane Sonko, et dissout par le pouvoir de Macky Sall. Les Sénégalais ont donc voté pour le changement de politique et la rupture. Ils ont dénoncé la corruption, le non-respect du droit ; ils ont décrié le chômage de jeunes. La personne qui incarnait le mieux ce changement, c’est Ousmane Sonko.

Disqualifié de la présidentielle, l’opposant a adoubé son ami et camarade du parti, Bassirou Diomaye Faye pour le suppléer à cette élection. Les Sénégalais ont voté Sonko à travers Diomaye. Bien que discret, Diomaye ait remporté cette élection au premier tour ; il reste indéniable que la présence de Sonko à ses côtés a eu un effet incontestable pour cette victoire historique.

Passés les moments d’euphorie, Diomaye Faye sera face aux réalités de la fonction de président de la République. Outre un court passage de fonctionnaire des finances publiques, Diomaye n’a pas d’expérience ni dans la géopolitique, ni dans la gestion des hommes dans une collectivité locale, ni celle de parlementaire. La seule fois qu’il était candidat aux élections municipales en octobre 2021 à Ndiaganiao sa commune de naissance pour le compte de son parti Pastef, il a été battu par Mme Tening Sène, la candidate de « l’Alliance pour la République », le parti de Macky Sall .

Voici un homme neuf, appelé à gérer le Sénégal. Le pays est encore marqué par les tensions sociopolitiques de 2021, causées par le bras de fer entre Ousmane Sonko et le pouvoir. La pauvreté frappe au moins un Sénégalais sur trois, et le chômage touche environ 20% de la population active. Bassirou Diomaye Faye, a assuré que son pays resterait « l’allié sûr et fiable » de tous les partenaires étrangers « respectueux de la souveraineté » du Sénégal. «  La réconciliation nationale, la refondait des institutions, l’allègement sensible du coût de la vie » seraient ses premiers chantiers.

Le « joker » d’Ousmane Sonko inscrit son mandat sous les auspices du panafricanisme, de la révision des accords de partenariat avec la France, du réexamen du statut du francs Cfa, sujet qui irrite Paris. Son discours et celui de son mentor Sonko sont identiques. Ce discours est aussi celui des trois pays du Sahel (Mali, Niger et Burkina Faso). Il n’est pas de nature à rassurer la France. Si l’ancienne puissance coloniale reste figée dans sa posture de condescendante vis-à-vis de l’Afrique, elle verrait inéluctablement sa présence s’effriter encore plus sur le continent africain.

Diomaye Faye sait qu’il a été élu massivement président de la République par les Sénégalais à cause des obstacles politico-judiciaires qui ont obstrué sa chevauchée vers les cimes du pouvoir. Le plus difficile va donc être de gérer les cinq prochaines années dans ce contexte sans que des antagonismes et des égos naissent pour obstruer les ambitions de ces deux jeunes gens.

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