juin 11, 2024

Le long escalier en form de 8

J’arrive à Nizhni-Novgorod le 2 juillet 2019. Je rejoins le groupe de pèlerins du camp Saint - Régis. Le groupe est composé de pèlerins français et belges en majorité. Nous visitons pays d’Ivan « Le terrible », de Maxime Gorki, de Saint Séraphin de Sarov.

Je me rappelle distinctement de ce groupe de pèlerins électrique que nous fûmes. Toutes nos montées dans le bus commençaient par une gymnastique numérologie. Je suis étudiant à l’université technique d’Izhevsk-Kalachnikov, du nom de l’ingénieur et général de corps d’armée, Mikhaïl Kalachnikov, inventeur du célèbre fusil d’assaut qui porte son nom. Quatre mois plus tard, je rejoins la ville de Perm, dans la région de l’Oural. Ce transfert me permet de découvrir l’Abkhazie (région sécessionniste de la Géorgie depuis 2008).

La confédération de Russie est fière de son fédéralisme. C’est ainsi que tout transfert interuniversitaire exige que l’on sorte du territoire russe afin d’obtenir le visa de l’Etat où se trouve l’université où vous souhaitez étudier. Il me parait opportun à ce niveau de remercier le président Vladimir Poutine pour les efforts considérables qu’il fait pour créer des conditions d’études favorables aux étudiants africains qui se trouvent en Russie.

J’arrive à Soukhoumi, capitale de la République Abkhaze, le 10 octobre 2018. Le paysage a tout ce qu’il faut pour plaire aux Africains à cause de son climat tropical. Il rappelle celui de Kribi de mon Cameroun natal. Je passe l’hiver à Sukhoumi, ville située au bord de la Mer noire.  Autrefois, cet endroit faisait le bonheur des touristes occidentaux.

Arrivé à Nizhni-Novgorod le 2 juillet 2019 venant en provenance d’Abkhazie. Je rejoins le groupe de pèlerins du camp Saint – Régis. Le groupe est composé de pèlerins majoritairement français et belges. C’est une manière originale de visiter le pays, le pays  d’Ivan « Le terrible » (1533-1584) ; le pays de Maxime Gorki, alias Alexis Pechkov (1868-1936) et du flamboyant Saint Séraphin de Sarov, le Stareth (Seigneur ou maitre spirituel en langue russe) qui reçut de Dieu le don de parler aux animaux (1759-1833).

Nizhny-Novgorod

La ville fut fondée en 1221 par le prince Vladimir et rebaptisée : Gorki entre 1900 – 1932 : ce fut la parenthèse communiste. Le nom Nizhny-Novgorod signifie « Nouvelle ville du bas ». Elle a 1 250 000 habitants. Elle est la 5e ville de Russie après Moscou, Saint-Pétersbourg, Novossibirsk et Ekaterinbourg. Alexandre Dumas y fit escale en 1858 au cours de son voyage en Russie qu’il décrivit dans son livre : « De paris à Astrakhan ». C’est là que fut construit le premier tramway de Russie. Durant la Deuxième Guerre mondiale, la ville devint le plus grand centre de production d’armement de Russie. L’on y produisait des tanks, des avions, ainsi que des roquettes Katiousha. L’aviation allemande bombarda la belle ville 47 fois entre 1959-1991. La ville fut alors fermée et interdite aux étrangers ; seules les natifs de souche y avaient accès.

La ville de Nizhny-Novgorod possède le plus long escalier de Russie (560) marches en forme de « 8 ». Ces escaliers sont nommés : « Les escaliers de Tchkalov », en l’honneur de cet aviateur soviétique qui relia par le pôle nord, Moscou et Vancouver au Canada. Il mourut en 1937 âgé de 34 ans. A l’époque stalinienne, quand les prisonniers politiques terminaient leur peine de Goulag, ils obtenaient le statut de « relégués »,c’est-à-dire que la plupart des grandes villes russes leurs restaient interdites, ils étaient condamnés à vivre dans les compagnes isolées. Que de constructions magnifiques à Nizny-Novgorod en plus cette ville marque l’ouverture sur le pays et au reste du monde et ceci depuis le Moyen Âge jusqu’à la Révolution.

Nizhny-Novgorod a abrité la foire universelle pendant deux mois, chaque été de 1816 en 1929 au point de rencontre de la Volga et de son affluent l’Oka. Tout ceci aura contribué à forger une véritable réputation et une renommée de prestige à la ville. On y échangeait des denrées rares, épices, tissus indiens ou métaux précieux. Ce n’est pas un hasard si Nizhny-Novgorod a été une étape sur le parcours de Michel Strogoff lors de son voyage dans toute la Russie. La ville a gardé sa beauté et son environnement qui continuent d’attirer les touristes à travers le monde.

Eglise de la Cathédrale jaune

Le miracle de Sarov

Comme ce groupe de touristes chinois que nous avons rencontrés au monastère de Saint Séraphin de Sarov à Diveyvo, haut lieu de la spiritualité orthodoxe russe. J’eu cependant la grâce inouïe de visiter les reliques du saint homme. Saint Séraphin de Sarov disait toujours de la Russe qu’«elle est éternelle ».

Une fois, raconte le père Basile dans ses mémoires : « A l’époque ou Saint Séraphin était novice dans le monastère de Sarov, il tomba gravement malade, il souffrait d’une hydropisie pendant trois ans et la maladie finit par le clouer au lit. Désespéré, son supérieur envisageait d’envoyer chercher un médecin en ville, étant donné qu’à cette époque, le recours à la médecine n’était pas de tradition monastique. Mais à l’étonnement de tous, le malade guérit, que s’était-il passé ? On ne le sut que beaucoup plus tard. La Sainte Vierge Marie, la mère de Dieu était venue en personne sauver le jeune novice du désert de Sarov. Elle était accompagnée des apôtres Jean et Pierre ; se tournant vers eux, elle prononça d’étranges paroles : «Il est de notre race» dit-elle en désignant le malade alité ! Sa main droite, racontait-il dans sa vieillesse, elle la posa sur son front. De sa main gauche, elle tenait un sceptre ; avec ce sceptre, elle toucha le pauvre Séraphin. A cet endroit sur ma hanche droite, un enfoncement se creusa c’est par là que l’eau s’écoula et c’est ainsi que la Reine du ciel sauva l’humble Séraphin, une profonde cicatrice à la hanche de Saint Séraphin témoignait du miracle ».*

La culture russe est bien entrée dans son orthodoxie religieuse, d’où la forte représentation des icônes en Russie. L’iconoclasme a une place importante dans la vie des Russes. Je pense à l’icône de la Vierge Marie de la Cathédrale de Nizhny-Novgorod, encore appelé : « La cathédrale jaune».  Il y’a également l’icône miraculeuse de la Vierge de Kazan, apportée de Kiev depuis le 16e siècle, précisément vers 1579, quelques années après la prise de Kazan par Ivan IV.

Je ne saurai tout dire dans ces lignes car, la Russie, on ne la raconte pas, on la vit et quiconque a vécu en Russie, celle-ci ne le quitte plus. Je ne peux m’empêcher de citer Gorki à propos de Tchekhov : « Personne n’a compris avec autant de clairvoyance et de finesse, le tragique des petits côtés de l’existence : personne avant lui ne sut montrer avec autant d’impitoyable vérité, les fastidieux tableaux de leur vie telle qu’elle se déroule dans le moindre chaos de la médiocrité bourgeoise.»

Et Tchkakov d’écrire : « Lorsqu’on n’a pas de vie véritable, on la remplace par des mirages. C’est tout de même mieux que rien.»

Les guerriers

Je puis vous rassurez que mon séjour en Russie ne fut pas un mirage. Il fut une découverte. Découverte d’un pays attachant, vaste, faisant fièrement le pont entre l’Occident et l’Orient, avec d’immenses paysages vierges. J’ai eu la chance de découvrir un vrai peuple de guerriers, tout prêt à mourir s’il le faut, pour leur patrie, une patrie aux odeurs éternelles. Au summum punctum je dirai simplement que mon passage en Russie a été une « renaissance». Ce sera une hypocrisie de ma part si je ne mentionne le polygone de Boutovo.

20.760 personnes ont été victimes de purges staliniennes du mois d’août 1937 au mois d’octobre 1938, tous furent fusillés et jetés dans des fosses communes. C’est alors qu’un fait inimaginable se produisit : l’Eglise orthodoxe russe en a fait des saints indépendamment de leur sexe, race et de nationalité. J’ai perçu en cela l’expression la plus réelle de la présence de Dieu sur terre.

Merci à la Sr. Catherine Deum, promotrice et animatrice du Camps Saint-Régis.

*Cf. Séraphin de Sarov, Irina Gorainoff. Spiritualité

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