mai 22, 2024

Nathalie Yamb, femme politique

Nathalie Yamb et les autres sont les portent paroles d’un continent abusé. C’est un tort que d’embastiller cette jeunesse. Il faut plutôt l’écouter.

Eté 2014, j’ai eu le privilège de faire partie des 280 journalistes du monde entier invités par le gouvernement de Chine à prendre part au lancement de l’opération « Nouvelle Route de la Soie ». A Yaoundé, les autorités de l’ambassade de Chine me proposent de choisir une ville de transit pour joindre Pékin : Addis-Abeba (Ethiopie), Nairobi (Kenya), Bruxelles (Belgique) ou Paris (France). La capitale française a ma préférence : là-bas, durant les 4 heures d’oisiveté à l’aéroport Charles-de-Gaulle, je renouerais avec mes vieilles habitudes d’ancien parisien : journaux, fromage, charcuterie, vin ou café express… pourquoi pas !

Mais, il faut un visa de transit, même quand on ne sort pas de la zone aéroportuaire. Au consulat de France à Yaoundé, l’accueil des candidats au visa est tout, sauf aimable. Le coût du visa est onéreux, les pièces à fournir sont nombreuses, le délai de retrait du sésame est long ; il excède la date du voyage. Je tiens informées les autorités de l’ambassade de Chine de cette difficulté. Elles font modifier aussitôt mon itinéraire de voyage : je passerai par l’Éthiopie. Je ne sais pas comment le consulat de France a été informé de ce changement d’itinéraire. Je reçois un coup de fil du responsable de la section visa. Il me prie de ramener mon passeport pour avoir séance tenante le visa ; « trop tard », je leur réponds.

Le duty free d’Addis-Abeba est aussi fourni que celui de Charles-de-Gaulle. Les grands magasins du boulevard Haussmann à Paris sont aussi à Shanghai, on peut aussi dépenser son argent là-bas. Les monuments historiques à visiter sont plus nombreux en Chine qu’en France. Doit-on pleurnicher quand on peut visiter l’Italie, la Turquie, l’Ouzbékistan ou la Chine car interdit de France ? Non !

Le gouvernement français vient d’interdire (maladroitement) à Nathalie Yamb de se rendre ou de séjourner désormais sur le sol de la France. Que perd cette dame si elle ne peut plus aller dans ce pays ? Rien ! La France regorge d’intellectuels qui peuvent répliquer à Nathalie, s’ils ont des arguments capables de contrer son propos. C’est cela la démocratie dont la France voudrait être la mère. La réaction de Paris, pour aussi surprenante qu’elle soit, est l’attitude d’un boxeur qui, acculé dans un ring par son adversaire qui lui assène de violents coups, choisit de lui couper l’oreille de ses dents, au lieu de se déclarer vaincu et féliciter son adversaire.

Paris sait que ce que les activistes africains lui reprochent dans ses rapports avec ses ex-colonies ne manque pas de fondement. Les gouvernants français depuis le général de Gaulle, refusent de respecter les Africains, d’établir avec eux des relations de franche coopération qui favoriseraient le développement. Tout dirigeant africain qui a tenté de réclamer à la France une moindre liberté d’être ou de faire, a aussitôt été chassé du pouvoir à défaut d’être assassiné. La France est le seul empire colonial qui se comporte ainsi.

La jeunesse africaine d’aujourd’hui n’a pas vécu les années des indépendances. Elle a étudié en Occident. Elle voyage. Elle vit d’autres réalités. Elle vit la misère du continent. Elle subit l’insolence occidentale, notamment celle de la France. Ses armes pour combattre cela, c’est sa plume et sa voix. Ce sont ces instruments qui conscientisent les populations africaines et choquent la France. Nathalie Yamb et les autres sont les portent paroles d’un continent abusé. C’est un tort que d’embastiller cette jeunesse. Il faut plutôt l’écouter.

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